21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 01:40


Manifeste du PLD

1-TCHAD : Histoire politique jusqu’à nos jours :

La pénétration de l'occident: Mobiles, Moyens et Résultats

Bien avant la pénétration coloniale, la région du Tchad actuel était déjà un pays prospère et organisé. Son organisation n’avait rien à envier à celles des Etats européens de la même période selon les témoignages du célèbre historien allemand BARTH. Ces royaumes entretenaient d’ailleurs des rapports étroits avec plusieurs Etats du monde. Le dernier ambassadeur d’un royaume de la région, ne s’éclipsa de la scène diplomatique qu’en 1927 à ISTAMBUL (Turquie). Les habitants y vivaient dans l’harmonie et la bonne entente. Deux exemples illustrent parfaitement ce passé : Les peintures rupestres dans certaines grottes du TIBESTI (Ouadi GONOA) font apparaître des éléments qui n’ont rien à voir avec le milieu humain local (extrême Nord) mais qui, par contre, correspondent de façon frappante avec celui de l’extrême Sud du pays. Plus près de nous, entre les langues des ethnies diverses aussi distinctes que les BOULALA (BATHA), les KENGA (GUERA), les BAGUIRMI (CHARI-BAGUIRMI), l’ensemble SARA (les deux LOGONE et le MOYEN-CHARI), les similitudes lexicales et syntaxiques sont telles que les spécialistes les ont classées dans le même groupe.

La fin du 19ème siècle marque la pénétration et le début de la colonisation du Tchad par la France. C’est l’aboutissement de la volonté d’une infime minorité agissant sous l’égide du Comité français pour l’Afrique, association se présentant sous des apparences philanthropiques. En réalité, cette institution est une émanation des milieux économiques et financiers, tenants de l’action coloniale aspirant à des profits pouvant résulter de l’exploitation des ressources exotiques. Au fil des années, les ambitions grandirent et se traduisirent par des objectifs parmi lesquels, et pas des moindres, celui de se faire une possession allant des côtes méditerranéennes aux rives du Congo. L’entreprise est vaste. Le comité français pour l’Afrique va céder sa place à l’Etat français. Les gouvernements français successifs, convaincus de la nécessité d’un tel ensemble, suscitent des vocations de conquêtes. C’est l’engagement direct et franc de l’Etat français dans l’entreprise coloniale. La doctrine officielle était d’apporter à des populations « sauvages » la « civilisation ». En même temps que la France, d’autres nations européennes concourent à cette « œuvre civilisatrice » du continent africain. Au lieu de l’apport d’une civilisation, il s’agit en fait de conquérir un empire colonial, réservoir de matières premières et de main-d’œuvre à bon marché nécessaires à l’édification d’une puissance économique et militaire.

Pendant la pénétration coloniale, le peuple du Tchad, à l’instar de beaucoup de peuples de la région a opposé une farouche résistance pour sauvegarder sa liberté et sa dignité. De Fort-Lamy (Ndjamena) à Abéché en passant par BIRKIT FATME, AIN GALAKA, et BIR ALALI, la résistance à l’envahisseur dura 24 années. Des faits saillants ont particulièrement marqué cette époque : entre autres on peut noter l’année du coupe-coupe à Abéché en 1917 qui devait procéder à l’élimination de l’élite intellectuelle au OUADDAI; la destruction de la ville de Moussoro ( BAHR GHAZAL) par l’armée coloniale qui mettait fin au minimum de liberté dans la région ; le génocide de BEBALEM en 1952 où furent massacrés des milliers d’innocents ; la déportation de chefs résistants ( le sultan DOUDMOURA du OUADDAI, Cheikh ADOUDOU du BATHA et le sultan OUEDDO BAHBOL de KORBOL). Ce fut alors la grande déportation au profit du colon ; MAKAMBA I et MAKAMBA II (Chemin de fer CONGO-OCEAN) et l’exode en direction des pays voisins pour fuir les excès et les vexations de l’occupant. Tous ces faits n’avaient qu’un but : asseoir l’hégémonie française.

Le Tchad, vaincu militairement devint une colonie. La force des armes fut suivie par l’installation d’une administration civile et des négociants, personnes physiques ou morales. Durant cette période, la France entreprit une action systématique pour assujettir et avilir culturellement notre Peuple. Le Tchad désormais colonisé est assimilé superficiellement. Ce fut la période la plus sombre de notre histoire. L’action de domination avait été menée avec la contribution d’agents autochtones utilisés comme auxiliaires. Tout a été entrepris pour endormir les consciences. La devise française de Liberté-Egalité-Fraternité est une formule qui a permis de réussir l’opération. La politique coloniale de la France a, en effet, reposé sur l’assimilation des colonies, puis des territoires d’Outre-mer, à la République française ; des pays lointains devaient appartenir indéfiniment à la « mère-Patrie ». La fin de la seconde guerre mondiale vit le déclenchement d’un séisme politique qui secoua toute la planète. Les ondes de choc des différentes luttes de libération dans les colonies atteignirent notre continent.

Face à cette évolution, le colonisateur fut contraint de prendre les devants et de concevoir d’autres formes de domination. Pour ce faire, dans le cadre d’un processus graduel de décolonisation contrôlée, l’assemblée constituante française qui s’est tenue en 1946 a donné le feu vert à la création des partis politiques dans les territoires d’Outre-mer. Ces partis politiques créés à l’initiative des partis de la métropole n’en sont qu’une pâle image. Ils n’ont, en définitive, d’autres objectifs que ceux de préserver les intérêts des colonisateurs. Tous ces partis se caractérisent par un manque de projet de société et une carence en cadres politiques conscients et compétents. C’est dans ce contexte que fut décidé le sort du Tchad, à l’instar d’autres colonies. Les plans les plus sophistiqués avaient été élaborés pour barrer le passage aux idées révolutionnaires, « subversives », en Afrique centrale et occidentale. D’où le parachutage de la fameuse « LOI CADRE » de 1956, qui devrait préparer l’Afrique francophone à l’indépendance nominale des années 1960.

Auparavant, la revendication de l’indépendance perçait péniblement à travers le vocabulaire syndical et politique, dont l’essentiel tenait dans l’aspiration à la Liberté, à l’Egalité, et à la Fraternité. L’expression nationale est apparue à la veille de la mise en place de la 5ème République française. Un triple choix s’offrit aux électeurs quant au statut de territoire d’Outre-mer ; la départementalisation ; l’autonomie, la sécession ou l’indépendance. La préférence tchadienne allait au statut d’Etat Républicain autonome et membre de la Communauté se répartissant avec la France, certaines compétences. Si ailleurs, la lutte pour l’indépendance a été âpre, violente et longue, l’indépendance octroyée au Tchad en 1960 après plus de soixante années de colonisation directe, à la surprise quasi-générale des tchadiens eux-mêmes, découle de cette logique qui vise essentiellement à préserver les privilèges acquis de l’ancienne puissance colonisatrice. L’empire français peut ne pas exister sur le plan géographique, il existerait du point de vue financier et économique basé sur l’exploitation des ressources des anciennes colonies dont l’économie demeure extravertie. La décolonisation est ainsi une vaine expression. La volonté colonisatrice de maintenir la domination sur le colonisé, quelle qu’en soit la forme d’une part et le niveau d’évolution des techniques d’autre part, rendent inévitable l’association inégalitaire que constitue la « coopération » qui n’est qu’une perpétuation de la dépendance. Les complexes de supériorité persistent dans les mentalités. Ce fut l’ère des conseillers techniques qui devaient enfanter et préparer les valets locaux à l’exercice du pouvoir.

2- INDEPENDANCE ET BILAN DE L’ETAT POST COLONIAL

2.1 Sur le plan politique.

A l’intérieur du Tchad « décolonisé », c’est le même schéma centralisateur maintenu par la peur et par des contradictions naguère soigneusement entretenues. Le pouvoir central tchadien, durant trois décennies ignorera que les structures de l’Etat sont inadaptées. Il n’entreprendra pas les réformes nécessaires dans un pays où s’installe la paralysie. Les autorités de la capitale confondent le Tchad à une garnison militaire dans laquelle le jeu des hiérarchies se pratique de manière mécanique, occultant ainsi les réalités qui gouvernent une société complexe à maints égards. La crise tchadienne telle qu’elle se manifeste depuis trois décennies, est la résultante d’une double situation coloniale et postcoloniale. Très tôt avec la loi cadre de 1956, le clientélisme a été érigé en système de gestion de l’Etat. C’est ainsi que le fameux dosage politique a été au centre de toutes les décisions. Il consistait à rétablir un soi-disant équilibre entre les différentes régions du pays dans les fonctions politiques, administratives et techniques. L’Etat se trouvant être la source principale de richesse, la redistribution des biens se réduit à la redistribution des postes administratifs, politiques voire techniques. La position des prétendants dépend de leur poids ethnique, tribal, etc. Cette pratique a été systématiquement utilisée par tous les régimes qui se sont succédé au Tchad depuis 1960.

L’instauration du parti unique, censé servir de creuset à l’unité nationale et imprimer un élan dans le sens du développement n’a pas donné les résultats escomptés : atténuer les ambitions personnelles, tribales, ethniques, régionales et religieuses. Loin de s’estomper devant l’intérêt national, la lutte s’est accentuée, les protagonistes usant de tous les artifices. La vie politique tchadienne en fut profondément viciée. Finalement le « dosage » s’est avéré parfaitement inopérant. A ce stade, les abus du pouvoir central deviennent inévitables, car ils font partie des recettes courantes pour le maintien d’une certaine stabilité, surtout quand ce pouvoir, par un jeu approprié de ses mécanismes, s’est personnalisé pour devenir une dictature. La crise est née, elle va devenir chronique. En résumé, la personnalisation du pouvoir, expression suprême du système centralisé, a été déterminante dans la crise tchadienne. Hier ce schéma a été la cause du renversement du régime de l’indépendance octroyée ; il a ensuite balayé le régime issu du coup d’Etat militaire de 1975 ; il a enfin embourbé les régimes successifs issus de différents courants du FROLINAT.

Ainsi à l’origine de la violence au Tchad, se trouve la revendication des citoyens à participer à la gestion de la chose publique. C’est le nœud du problème. Y apporter une solution c’est résoudre la crise que vit le pays ; c’est également ouvrir la voie à des préoccupations dignes d’intérêts, celles du développement national. L’unique solution était de rétablir le jeu de la libre démocratie. Pour éviter la violence, une seule règle s’impose : le libre et conscient engagement. Les différents régimes n’ont pas su la proposer. L’arbitraire, la répression, en un mot la violence aveugle, furent la réponse privilégiée du premier régime de l’indépendance face aux revendications pour plus de justice et de participation à la gestion de la chose publique. Cette situation provoqua un véritable climat d’insurrection qui fut à la base du déclenchement et du développement de la lutte armée, notamment du Front de Libération Nationale du Tchad (FROLINAT). Le FROLINAT réussit à vaincre militairement le régime en place. Cependant, il se révéla incapable d’instaurer une alternative politique crédible et de résoudre les problèmes fondamentaux qui ont été à la base de la crise. Il n’en demeure pas moins que pour le peuple tchadien, la soif de liberté, de justice, de paix et d’amélioration de la qualité de la vie, c’est à dire la soif de démocratie et de développement reste vive. Cela dans un contexte international caractérisé par la fin de la bipolarisation Est-Ouest, la montée de la démocratie pluraliste et une dynamique de libéralisation dans presque tous les pays du monde. Le vent de la démocratie qui souffle désormais sur le continent africain doit permettre à tous les patriotes tchadiens de reposer les problèmes de leur pays sur de nouvelles bases, concrètes et saines.

2.2 Des institutions fondamentales

2.2.1 Sur le plan institutionnel

La colonisation, comme les régimes qui se sont succédé depuis l’indépendance ont géré le Tchad sans tenir compte des réalités locales et ont conduit le pays dans une impasse. Les structures liées à la forme jacobine de l’Etat français ont été plaquées aux réalités du Tchad. Elles se sont avérées inadaptées et n’ont pas permis un développement harmonieux et l’épanouissement des populations. L’Etat centralisateur, en tant que centre unique d’impulsion et de décision, a été incapable de satisfaire les aspirations des populations à la participation dans la gestion de la chose publique. On pourrait, face aux déficiences de l’Etat unitaire centralisé, être tenté par la voie fédérale. Le fédéralisme implique une très grande conscience des entités constituant la nation. Ce n’est pas le cas du Tchad où emprunter une telle voie équivaudrait à s’orienter vers une instabilité dangereuse. Au Tchad, la fédération est une solution de facilité, beaucoup plus proche du fatalisme nourri par les tenants de l’impossible cohabitation entre les composantes religieuses, ethniques et culturelles. Abandonner le « rêve » de l’Etat unitaire dans un pays aussi diversifié ne signifie pas ipso facto se jeter dans ce fatalisme. La diversité n ‘est pas une spécificité tchadienne. En outre, la création d’Etats autonomes entraîne des risques évidents de sécession. La géopolitique tchadienne prédispose à de tels risques susceptibles d’engendrer une crise beaucoup plus grave que les précédentes. La décentralisation est la solution réaliste à la crise institutionnelle de l’Etat du Tchad.

2.2.2. Sur le plan de l’administration publique

Que ce soit au niveau local ou central, l’administration publique tchadienne est caractérisée par la médiocrité due essentiellement au népotisme et à la politique du « ventre ». Les cadres compétents sont les laisser pour compte pour autant qu’ils n’aient pas dans le système quelqu’un pour les « pistonner ». L’administration sensée être un instrument au service du développement est devenue en réalité un obstacle au progrès. Elle a eu le « mérite » historique d’être celle par qui les malheurs arrivent : ce sont les bavures de l’administration qui donnèrent le point de départ à la révolte de Mangalmé en 1965.

2.2.3. Sur le plan militaire

Le Tchad comme toutes les anciennes colonies hérita à l’indépendance d’une armée constituée à partir des Tchadiens servant dans l’Armée française. Son rôle était de défendre la souveraineté nationale, l’intégrité territoriale et d’assurer la sécurité et le calme des citoyens afin de leur permettre de se livrer aux tâches de développement. Elle est sensée être apolitique et remplir des tâches de développement socio-économique en temps de paix. En réalité, l’armée fut un instrument au service de l’ordre établi par l’ancienne métropole. Elle subit les contrecoups de l’évolution politique du pays. Elle s’est réduite à des tâches de maintien de l’ordre et de défense du pouvoir établi contre toute velléité de remise en cause. A la faveur des évènements de 1979, cette armée vola en éclat. Depuis lors, recollée sous différentes appellations, elle se révéla être plus que jamais l’instrument des pouvoirs, voire des présidents, éloignée des tâches fondamentales qui sont initialement les siennes.

2.3. Sur le Plan Economique

2.3.1 Une économie archaïque, extravertie et déséquilibrée

L’économie tchadienne se caractérise essentiellement par son caractère traditionnel, mais surtout par son extraversion et sa dépendance. Le Tchad a été spécialisé pour fournir des matières premières à la métropole (avec l’introduction de la culture du coton en 1925) et importer les produits manufacturés plus chers. Tel est le sens de l’échange inégal et du pacte colonial qui a dominé et qui domine encore les relations économiques du Tchad avec la France. Les conséquences de ces relations sont connues : le Tchad s’enfonce de façon continue dans le sous-développement économique et social. Après plusieurs décennies, la production nationale reste encore faible. Les ressources minières pourtant importantes restent inexploitées. La production agricole et pastorale reste faible à cause du caractère primitif es moyens de production. Cette situation est à la base de l’insécurité alimentaire des populations tchadiennes. Cet état de choses, dans le contexte d’une croissance démographique non maîtrisée, est l’une des causes de l’exode rural accentuant ainsi le chômage urbain et vidant les campagnes de leurs forces vives. L’industrialisation est lente ; elle se limite à quelques entreprises industrielles dont la plupart souffrent de mauvaise gestion et de coûts de production élevés et sont de ce fait en voie de restructuration. Le commerce est encore traditionnel et dominé par le secteur informel. Au plan des transports et communication, le réseau routier Tchadien reste dans un état de dénuement absolu. Le pays est enclavé tant à l’intérieur qu’avec l’extérieur. L’absence d’entretien des routes existantes empêche la circulation des produits de consommation courante et met le Tchad dans un état de dépendance vis à vis des pays voisins.

2.3.2. Une économie mal gérée et de gaspillage.

La crise de l’économie Tchadienne s’explique aussi par des causes internes liées à la mauvaise conception et à la mauvaise gestion des projets de développement. Le Tchad est complètement dépendant sur le plan financier et son programme d’investissement est entièrement financé par les bailleurs de fonds étrangers. L’histoire de l’économie du Tchad est émaillée de grands projets mal conçus et mal gérés qui ont englouti plusieurs milliards de FCFA. Ces « éléphants blancs », au lieu de permettre au Tchad d’amorcer son développement et de réaliser son autosuffisance, ont été, au contraire, des gouffres financiers faisant peser sur notre peuple les charges de l’endettement. La crise actuelle de la plupart des sociétés paraétatiques s’explique par ce genre de situation.

2.4. Sur le plan socioculturel.

2.4.1 La santé

La situation sanitaire des Tchadiens n’a cessé de se détériorer depuis l’indépendance. Les services sanitaires sont mal en point. Les dernières estimations statistiques sont très éloquentes en la matière. Alors que l’OMS estime le ratio minimum à un médecin pour 5.000habitants, une sage-femme pour 300 femmes en âge de procréer, au Tchad nous sommes à un médecin pour 33.000 habitants, une sage-femme pour 8.000 femmes en âge de procréer et 1 lit d’hôpital pour 1.330 habitants. Et encore ! Il suffit de se rendre à l’hôpital central de N’Djamena pour se rendre compte de la réalité de l’appellation »mouroir » que certains donnent à cet établissement. Alors que de ce point de vue N’Djamena passe pour être mieux nantie que les provinces. Par ailleurs, les conditions de travail des agents de l’Etat étant ce qu’elles sont, la plupart des médecins se trouvent concentrés dans la capitale. En province, il y a plus de chance de trouver un médecin expatrié qu’un national. Les produits pharmaceutiques sont inexistants et quand on les trouve, ils sont inaccessibles à la bourse du citoyen moyen. L’état de dénuement qui caractérise notre système sanitaire s’accompagne d’une inconscience inadmissible face au Sida. Le Sida n’est pas une maladie comme les autres. C(est un fléau qui menace l’existence même de notre continent. L’Afrique, qui est en ce moment frappée de plein fouet, est complètement démunie. Certaines valeurs culturelles locales ne favorisent pas la prévention qui demeure la seule arme connue à ce jour contre le Sida. C’est dire l’importance qu’il va falloir accorder à la lutte contre cette maladie au lieu de se cantonner dans un classique « ça n’arrive qu’aux autres ».

2.4.2. L’Education

L’Education a eu le « privilège » d’être déclarée secteur prioritaire par tous les régimes qui se sont succédé dans notre pays. Pour autant elle n’a cessé de dégénérer. Les conditions de travail et de vie lamentables des enseignants, l’insuffisance des infrastructures, du matériel et l’inadéquation des programmes d’enseignement avec les besoins du pays, constituent les caractères les plus marquants de notre système éducatif. Les efforts fournis à gauche et à droite risquent de se révéler vains s’ils doivent s’ils doivent se réduire à des projets élaborés à la va-vite se traduisant en termes de séminaires sans impact véritable sur le système, en miettes pour les tchadiens (per diem) et en une rallonge de l’ardoise des dettes ou des dons « mal utilisés ». Il s’agit là, d’un problème vital qui conditionne le devenir de notre pays. Continuer sur la voie actuelle constitue le moyen le plus sûr de perpétuer le sous-développement. Le bilinguisme français-arabe qui a été de tout temps prôné n’a pas eu l’attention qu’il mérite de la part des différents régimes qui se sont succédé.

2.3.4 L’emploi

Les projections et estimations de la population tchadienne indiquent que 41,3% de tchadiens ont moins de 15 ans ; 4,69 % plus de 60 ans ; c’est à dire que 46 % de la population n’est pas en mesure de produire. Sur les54% en âge de travailler, un ensemble de contraintes matérielles et culturelles font qu’une partie seulement est économiquement active, c’est à dire percevant une rémunération pour son travail. Et quelle rémunération ! Comme dans beaucoup d’autres pays africains, l’Etat demeure le principal employeur au Tchad. Nous nous apercevons des limites de cette situation. L’employé tchadien est mal payé. Les salaires ayant chuté en termes réels depuis l’indépendance, sont révisés en baisse du point de vue formel dans le cadre du programme d’ajustement structurel. Les programmes initiés pour alléger les retombées de cette politique (le PADS) ont un impact douteux sur la situation de ceux qui en ont le plus besoin.

2.4.4. La situation de la femme

Les femmes représentent 52% de la population selon les estimations actuelles. Jeunes, elles accèdent moins souvent à l’école que les garçons. Elles constituent environ 34,9% des effectifs scolaires au CP1 mais ne représente que 17% des effectifs au CM2. La déperdition est encore plus marquée au secondaire et au supérieur. La pesanteur culturelle axée sur un ensemble de valeurs contraignantes réduit la femme à un rôle marginal dans la prise de décision. Cette marginalisation se manifeste à tous les niveaux, du foyer au sommet de l’Etat. Ce n’est pas le fantomatique département des affaires sociales et les appels pathétiques à travers les séminaires tenus à grands frais qui y changeront quelque chose En fait, au moment où plus que jamais, nous avons besoin de bras pour construire, plus de la moitié de la population se trouve ainsi marginalisée.

2.4.5. La jeunesse

Les jeunes de notre pays constituent une frange importante de la population (les moins de 15 ans en constituent plus de 40%). Un système éducatif défaillant, le relâchement des mœurs et des valeurs, l’apparition de fléaux jusque là inconnus dans le pays (drogue, alcoolisme, prostitution, SIDA…) constituent l’environnement dans lequel va évoluer cette jeunesse qui aura à charge la gestion du Tchad de demain. Il y a lieu de s’inquiéter et à juste titre car c’est l’avenir de notre pays qui est en jeu. Ceux qui ont la charge de se pencher sur la question font preuve d’une complaisance ahurissante. De tout temps, les responsables politiques de notre pays ont été les premiers dévoreurs de notre jeunesse. Les souvenirs du feu collège Tombalbaye (établissement d’enseignement secondaire réservé aux filles), les spectacles devant les établissements scolaires sont édifiants à ce sujet.

3- CONCLUSION

Si la situation actuelle offre des possibilités d’émancipation certaines, elle exige de notre part plus de lucidité et d’effort. Elle a l’avantage de mettre les Tchadiens au pied du mur et face à leur cruelle réalité. Ils sont tenus de faire preuve de maturité, de créativité, de savoir-faire et de générosité s’ils veulent être à la hauteur du défi et concrétiser les espoirs de liberté, de justice et de développement dans leur pays afin de lui permettre d’être au rendez-vous de l’intégration et de l’unité en Afrique. C’est pour relever ce défi qu’est créé le Parti pour les Libertés et le Développement (P.L.D).

Adopté à N’Djamena, le 5 septembre 1993
L’Assemblée Générale constitutive

Partager cet article

commentaires

  • : Les Mathématiques Tchadiennes
  • Les Mathématiques Tchadiennes
  • : Blog dédié à l'Histoire, à la Beauté et à l'Enseignement des Mathématiques. Contact: ioms001@yahoo.fr
  • Contact


PLAQUEIBNI.jpg

"Le Professeur Ibni est un mathématicien tchadien de renom, Ancien Directeur du CNAR (CNRS tchadien), Ancien Recteur et Ancien Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, il avait initié plusieurs jumelages avec des Universités Etrangères, au service de l’enseignement des sciences dans son pays et en Afrique plus généralement"

PRIXIBNI.jpg
Candidature au Prix Ibni