Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 06:25

 

BECH.jpgMon très cher frère,


Si de là-haut tu me contemples, je t’en prie mon frère, ne sois pas trop dur envers moi. Ne me juge pas avec trop de fermeté, ne sois pas empli de rage en constatant les fautes que j’ai pu commettre depuis que tu es parti il y a quatre longues années déjà. Le vide que tu as laissé derrière toi ne se comblera jamais en moi, une part de moi semble s’être évaporée pour toujours. Après ton départ, il a pourtant bien fallu continuer à vivre, mais je n’étais plus qu’une ombre éthérée tentant désespérément de s’élever au-dessus d’un labyrinthe de désespoir. Pardonne-moi mon frère, si je n’ai pas eu assez de force pour retrouver la saveur de notre vie d’antan et se faisant, si j’ai pu m’égarer du chemin, du but que je m’étais fixé. Je sais que tu n’aurais pas voulu que je te pleure, tu aurais préféré que je sois digne, que je ne cesse pas de sourire, que je continue à franchir sans hésiter les embûches que le destin aime à placer sur nos routes. Mais c’est si ardu, sans toi à mes côtés… Pour tout te dire, à partir de ce 13 avril 2006 où tu décédas à Adré, il me fallut réapprendre la vie mot par mot, comme on oublie. Mais je n’ai pas oublié. Je ne t’ai pas oublié.


Béchir. Béchir. Dans mon souvenir, il me semble que ton prénom s’entrelace dans une parfaite harmonie avec le mot « vie». Il m’apparaît même aujourd’hui que tu étais la vie même Béchir. Il n’y avait jamais un moment, où même dans les ténèbres les plus sombres, ton sourire n’illuminait nos existences et ne mettaient du baume à nos âmes meurtries. Il n’y avait pas un instant, où lors de nos palabres, tu n’éclairais l’assemblée par des paroles d’une rare audace et d’une précieuse cocasserie. Ton parcours universitaire le démontre : Laval-Canada, Houston-USA ou encore d'autres formations au Caire, pas un pays où une prestigieuse université ne t’a pas ouvert ses portes et refuser de te prodiguer les lumières de leur savoir séculier. Tu étais également fort, Bechir, si fort que tu pouvais voir détruit l’ouvrage de ta vie, et sans un mot te mettre aussitôt à le rebâtir, si digne que tu pouvais conserver ton courage et ta tête là où tous les autres l’avaient égarés depuis fort longtemps.


Du courage il t’en a fallu, particulièrement dans les dernières années de ton existence. La voie que tu avais choisie d’emprunter était très discutable et était certainement loin d’être la plus aisée. Mais à tes yeux, elle était la plus juste. Et c’est cela seul qui compte vraiment. Peut-être que les épreuves que tu avais rencontré jusqu’alors où que tu jugeais inadmissibles, t’ont orienté vers ce choix funeste mais non dépourvu de bravoure. Peut-être que le sentiment d’arbitraire que tu subissais dans ton propre pays te révoltait au point d’aller prendre les armes et d’aller risquer ta vie pour tenter de rendre l’honneur ainsi que la félicité à ceux qui en avaient été démunis. Ta droiture, ton sens de l’engagement et ton humilité, tu les as payés de ta vie, laissant derrière toi une famille et d’innombrables amis dans le deuil le plus tragique. Tu es tombé au champ d’honneur en même temps que ces courageux officiers que sont oncle Mahamat Issa, où d'autres Abakar Gawi, Adam Ahmat, Adil, avec qui nous prenions souvent le thé le dimanche dans la maison familiale en compagnie du Pr.Ibni. Tu es tombé pour une cause que tu estimais plus inestimable que ton existence même.


Tu es parti, mon très cher frère Bech ou encore O.B.C comme on aimait t'appeler entre le lycée du sacré coeur et le lycée Jean-Paul Sartre. Jamais plus, tu ne reviendrais. Il me faut avancer, aller au bout de mes rêves, vivre sans retenue car il vaut toujours mieux avoir des remords que des regrets. C’est sans doute que tu aurais voulu. Il est certain que je commettrais un nombre plus important d’erreurs car tes conseils me permettaient toujours de m’orienter sur une voie plus juste, plus rectiligne. Aujourd’hui, j’ai grandi, mûri. Avec ton souvenir impérissable toujours dans un recoin de ma tête. Toi qui, dans la fougue de la jeunesse, souhaitait ardemment mourir avec noblesse pour la cause du peuple tchadien. Moi qui aujourd’hui ambitionne avec une force plus grande de servir cette même cause, mais sans témérité et avec la plus grande humilité.


Repose en paix, Béchir et que la terre te soit à jamais légère,


M.S. Ibni

 

 

 

Partager cet article

commentaires

  • : XibniY : BLOG DE MOHAMED SALEH IBNI OUMAR
  • XibniY : BLOG DE MOHAMED SALEH IBNI OUMAR
  • : Blog dédié à l'Histoire, à la Beauté et à l'Enseignement des Mathématiques. Contact: ioms001@yahoo.fr
  • Contact


PLAQUEIBNI.jpg

"Le Professeur Ibni est un mathématicien tchadien de renom, Ancien Directeur du CNAR (CNRS tchadien), Ancien Recteur et Ancien Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, il avait initié plusieurs jumelages avec des Universités Etrangères, au service de l’enseignement des sciences dans son pays et en Afrique plus généralement"

PRIXIBNI.jpg
Candidature au Prix Ibni