Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 09:02

 

Je voudrais profiter de la présence d’un grand biologiste pour parler d’un phénomène que j’aime beaucoup, et qu’on appelle le biomimétisme. Le mot a été inventé au milieu du XXe siècle, mais c’est dans les années 90 qu’il est entré dans la langue.

Le biomimétisme, c’est, dans sa définition contemporaine le transfert de processus de la biologie vers la technologie ; c’est le fait de s’inspirer du vivant, de solutions modelées par la nature, pour résoudre des problèmes technologiques. Et c’est une manière de raisonner qui est très en vogue.

Le bec du Martin-pêcheur et la peau du requin

Par exemple, au Japon, les ingénieurs du réseau ferré Shinkansen ont conçu l’avant de leur train à grande vitesse en s’inspirant du bec du martin-pêcheur (qui entre dans l’eau à très grande vitesse sans provoquer de mouvement à la surface de l’eau). La peau de requin a inspiré des combinaisons de natation et des fuselages d’avion.

Plus étonnant, les ingénieurs s’attelant à la programmation des ordinateurs de bord des voitures tentent de s’inspirer les poissons qui arrivent à nager très vite, en banc très serrés et à effectuer des virages très rapides sans jamais se heurter. Si on pouvait implémenter dans les ordinateurs de bord la méthode des poissons, on résoudrait un certain nombre de problème.


Aquarius remigis (PD/Wikimedia Commons/CC)

Dans la finance aussi, des recherches sont menées pour appliquer aux systèmes financiers des mécanismes d’immunité dont sont dotés les organismes. On essaie de créer des microrobots qui marchent sur l’eau comme les gerris (là, j’avoue ne pas bien voir l’intérêt, parce que même à considérer qu’on puisse un jour changer d’échelle et se doter nous-mêmes d’un tel système pour traverser les mers, je pense que je préférerais toujours prendre l’Eurostar pour aller à Londres). Bref, tout cela relève du biomimétisme.

Toute l’histoire de l’aviation...

Le biomimétisme a aussi un avantage considérable – et c’est dans cette logique que l’inscrit Janine Benyus, qui a largement participé à la popularisation du biomimétisme –, il vise à une innovation respectueuse de l’environnement. Car s’inspirer de la nature, c’est avoir recours à une énergie naturelle (le soleil), c’est ne pas utiliser plus d’énergie que ce dont on a besoin (comme le fait la nature), c’est tout recycler, etc.

Les recherches les plus pointues qui sont menées en informatique aujourd’hui ne sont pas loin de cette idée. Notamment les chercheurs qui se disent qu’on pourrait utiliser autre chose que l’électricité pour calculer (l’ordinateur que nous connaissons repose sur la logique et l’énergie électrique : les 0 et les 1, c’est le courant passe/il ne passe pas) et font effectuer des calculs de base à des cellules vivantes.

Le biomimétisme, méthode de pointe donc, mais aussi, quand on y réfléchit, très vieille méthode. C’est une vieille méthode que d’aller chercher dans la nature des inspirations à l’innovation. Le Velcro, par exemple, a été inventé en imitant le système d’accrochage de la graine de la bardane. Mais on peut tout aussi bien considérer que toute l’histoire de l’aviation relève du biomimétisme, depuis les dessins de De Vinci (ce qui m’oblige pour être honnête à une petite digression biographique parce que j’ai un ancêtre, qui était inventeur et qui pensait avoir trouvé la solution pour construire des ailes lui permettant de voler, en s’inspirant de celle des oiseaux, il s’est jeté du haut de la maison qu’il habitait en Suisse et s’est cassé les deux clavicules, ce qui m’a toujours semblé à la fois très émouvant et très con).

Je suis peut-être trop romantique

Mais, j’ai beau adorer le biomimétisme, je me demande toujours s’il n’y a pas une sorte d’illusion théorique dans le biomimétisme tel que certains le considèrent aujourd’hui.

Dans sa forme informatique, il repose sur l’idée qu’on peut créer des programmes informatiques qui reproduisent des processus du vivant. C’est sans doute vrai pour certains types assez élémentaires de processus, mais d’autres, plus complexes, c’est un défi gigantesque.


L’attelage de zèbres du Britannique Lionel Walter Rothschild (American Library of Congress/Wikimedia Commons)

Mais au-delà du défi, est-ce que n’est pas étrange de considérer qu’on peut réduire un processus biologique complexe à un algorithme, si élaboré cet algorithme soit-il ? Peut-on vraiment trouver l’algorithme qui donne leurs formes aux rayures d’un zèbre ou qui permet de modéliser le vol d’étourneaux ?

Est-ce qu’on n’est pas là dans la même illusion que lorsqu’on pense réduire le fonctionnement de notre cerveau à une suite d’instruction ? Je ne sais pas. Je suis peut-être trop romantique en chérissant l’idée que la nature ne soit pas complètement imitable.

« Le biomimétisme, quand la technologie s’inspire de la nature »

Xavier de la Porte, 29 novembre 2013 

Partager cet article

MS XibniY : LE BLOG DE MOHAMED SALEH IBNI OUMAR - dans OEIL SUR LES MATHEMATIQUES
commenter cet article

commentaires

  • : XibniY : BLOG DE MOHAMED SALEH IBNI OUMAR
  • XibniY : BLOG DE MOHAMED SALEH IBNI OUMAR
  • : Blog dédié à l'Histoire, à la Beauté et à l'Enseignement des Mathématiques. Contact: ioms001@yahoo.fr
  • Contact


PLAQUEIBNI.jpg

"Le Professeur Ibni est un mathématicien tchadien de renom, Ancien Directeur du CNAR (CNRS tchadien), Ancien Recteur et Ancien Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, il avait initié plusieurs jumelages avec des Universités Etrangères, au service de l’enseignement des sciences dans son pays et en Afrique plus généralement"

PRIXIBNI.jpg
Candidature au Prix Ibni